1 – Chant des six souvenirs du Lama

 

1 – Chant des six souvenirs du Lama

Gloire au Maître !

J’ai manifestement ignoré mes intérêts de façon excessive.

Bien qu’ayant vécu longtemps en ermite, je n’ai pas encore abandonné mon attachement à l’ego.

Celui qui n’a pas rejeté son ego, à quoi peut-il bien prétendre avec ses méditations  et la pratique du Dharma !

Si le vent se réjouit du bol, qu’il l’emporte !

Si le vent se complaît avec le coton, qu’il l’emporte !

Le souvenir du père adoucit la détresse, le cri de douleur éteint, le mendiant se jette aux pieds de Marpa.

Quelle joie si vous étiez là maintenant !

Bien que ma dévotion soit mince, je désire tant vous rencontrer !

Quand je pense, je me languis de mon Lama.

Quand je médite, je revois Marpa.

O Dagméma, je me réjouirais si vous séjourniez là aujourd’hui !

Bien que le voyage soit long, je désire tant vous rencontrer !

Même si la route est périlleuse, j’aspire tant à vous revoir !

Quel bonheur ce serait si vous disiez en ce moment le Tantra profond de Gyépa Dorjé ! (Hevajra)

Bien que mon intuition soit faible, je désire l’embrasser,

Même avec un peu d’intelligence, j’aspire à le réciter.

Quand je pense, je me languis de mon Lama.

Quand je médite, je revois Marpa.

Quelle béatitude si vous confériez maintenant les quatre initiations, symboles de la transmission orale !

Bien que mes offrandes crient misère, je désire les demander,

Même si je manque de présents, j’aspire à les recevoir.

Quand je pense, je me languis de mon Lama.

Quand je médite, je revois Marpa.

Quelle satisfaction si vous transmettiez maintenant les six doctrine de Naropa, ces instructions parfaites !

Bien que peu assidu, je désire les solliciter,

Même si mon endurance est fragile, j’aspire à les pratiquer.

Quand je pense, je me languis de mon Lama.

Quand je médite, je revois Marpa.

Quelle allégresse si pour une fois nous étions réunis avec mes frères de Ü et de Tsang !

Bien que mes investigations soient malhabiles et ma compréhension mauvaise, je désire me mesurer à vous.

Quand je pense, je me languis de mon Lama.

Quand je médite, je revois Marpa.

Bien qu’il ne se soit pas écarté de la vénération, le mendiant ne peut plus supporter le tourment causé par le désir et le souvenir ardent du Lama.

Je suis oppressé, manque d’air, perds la voix, de grâce, de votre fils, soulagez le chagrin !

Grand sorcier mon fils, que t’est-il donc arrivé pour que ta terrible détresse m’appelle ?

 - Es-tu las des Trois Précieux Joyaux, de ton vœu, de ton Lama ?

As-tu régressé vers les régions des influences mauvaises et des pensées troublantes ?

Es-tu entraîné, dans ta cellule même, par les dangers des huit phénomènes mondains ?

Es-tu chagriné par la persécution de ces magiciens que sont l’espoir et la crainte ?

De plus, n’es-tu pas parvenu à cette harmonie génératrice de vertus et qui purifie les souillures ?

N’as-tu pas offert ces mérites-là aux êtres vivants des six mondes et accompli le service des Trois Joyaux et du Guru ?

Quoi qu’il puisse en être, en aucune circonstance, et d’aucune façon, nous ne serons séparés, toi et moi.

Par la méditation, pour le bénéfice de tous, pour celui de la Doctrine, abolis les pensées créatrice de ton appel !

Le mendiant a retrouvé ses forces vitales, il a entendu les paroles et vu le visage du Lama son père.

Du plus profond de la dévotion naît la réalisation.

Le souvenir de la vie du Lama, sa compassion, sa grâce, véritablement incarnées en moi, ont fait obstacle aux conceptions qui ne sont pas la Loi.

Le mendiant ne possède rien que cette vision et votre écoute, ô vénérable, de ce chant de chagrin ardent en mémoire du Guru.

Faites encore plus !

Par votre amour protégez-moi !

La perfection de la patience, de la persévérance est le service qu’apprécie le Lama mon père.

L’errance, la solitude des ermitages est le culte qu’affectionnent les Dakinis.

Cette Doctrine sacrée, suivie sans complaisance est célébration du bouddhisme.

Cette uniformité de la pratique et de la vie est offrande aux êtres vivants sans protection.

Cette volonté de joie dans la maladie et dans la mort est une brosse qui défait les souillures.

Cet ascétisme, abandon des nourritures contaminées, est le climat propice créant l’expérience et la réalisation.

Le fils répond par la méditation aux bontés de son père.

Seigneur Guru ! Par votre amour protégez le mendiant !

Bénissez-le, qu’il achève sa retraite !

Ah ! Séjour de l’ermitage solitaire !

Terre qui réjouit les Bouddhas,

Résidence des êtres accomplis,

Contrée où je vis seul,

Forteresse du Garuda,

Vallée du Joyau de la Roche Rouge !

Là-haut, le nuage du Sud tourne et retourne ;

En bas, la rivière coule et s’écoule ;

Entre eux, le vautour légèrement plane.

Les taillis aux fruits sauvages et les grands arbres frémissent et esquissent des pas de danse,

Les abeilles modulent leur hymne bourdonnant,

Les fleurs exhalent leur suave senteur,

Les oiseaux susurrent de mélodieux gazouillis.

La vallée du joyau de la Roche Rouge est ainsi, les oisillons y volent avec aisance ;

Les petits singes s’entraînent à la dextérité ;

Et Milarepa, s’entraîne à la vivacité de l’esprit, à l’agilité des deux Esprits d’Eveil ;

En harmonie avec les maîtres de ce lieu tranquille.

Vous ici, fantômes et démons assemblés, buvez ce nectar d’amour et de compassion et repartez chacun en votre séjour.

 - « Marpa du Lhobrag m’ayant démontré que la totalité des conceptions naissait en l’esprit, mon propre esprit alors s’est soumis au Vide Lumineux.

Après avoir réalisé leur appartenance au monde extérieur, je n’aurais aucune raison de me réjouir si spectres et génies malfaisants s’en allaient. »

Je me prosterne aux pieds de Marpa le Traducteur, le père conquérant de l’armée des quatre démons.

Si Milarepa avait peur des démons, la connaissance de la non-existence des phénomènes lui serait de peu de sens.

Vous, assemblée des démons, fantômes et génies malfaisants, votre arrivée est plaisante aujourd’hui,

Ne vous pressez pas !

Restez ici toujours, tranquillement, je vous réciterai avec exactitude les Paroles du Bouddha.

Quoi qu’il en soit, restez ce soir malgré votre hâte !

Nous observerons la différence des conceptions blanches et noires en rivalisant d’agilité avec le corps, la parole et l’esprit.

Si vous repartiez cette fois sans m’avoir infligé vos obstacles, vous ne pourriez répondre de la honte d’être venus.

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